Je ne parviens pas à saisr le sens de leurs mots. Seules quelques bribes me parviennent...
__ ... armée ... ...
__ ...fils ... ... ... pas.
__ ... compensation...
__ ... forge... argent.
A la fois curieux et inquiet, j'entre brusquenment. D'un coup, trois visages se braquent sur moi. Mon père, rougi par la forge (ou l'alcool, je ne veux pas le savoir) parait presque honteux. Lentement, je détache mon regard de l'auteur de mes jours et suis attiré par les deux hommes se trouvant dans la même pièce. Je les détaille et m'aperçois qu'ils portent les couleurs du Roy, se sont donc des soldats. Leurs costumes pourpre et noir, immaculés, sont aussi nets que leurs visages. Sur ces derniers figurent un sourire presque... inquiétant.
Plus qu'intrigué, je n'ose ouvrir la bouche. Un des deux hommes s'en chargent à ma place sans tarder.
__Bonjour à toi mon garçon, je me présente, je suis Mattiew et voici Tristan, mon acolyte. A toi maintenant! Quel est ton nom? me demande le plus grand des soldats d'une jovialité feinte.
Je ne sais que dire alors je donne mon prénom, même si cela fait bien longtemps que personne ne m'appelle plus ainsi, préférant me donner différents surnoms que je n'apprécient pourtant pas vraiment.
__Je m'appelle Sylfaen.
__Très bien, je crois que ton père est d'accord avec nous alos pars faire ton sac, fait tes adieux à ta famille, à tes amis, mais soit ici dans une heure, à ce moment là, nous partirons.
__QUOI?! sans le vouloir, j'avais crié assez fort avec une pointe de détresse dans la voix. Prenant sur moi pour me calmer, je respire lentement.
__Oui, tu vas devenir soldat, tu as été choisi et désormais, ton père t'a confié à nos so...
__Mais! Mais! dis-je en bredouillant, surpris par ce soudain changement de destin.
__Fils! Sa suffit! ajoute mon père. Obéi, maintenant.
C'est donc sans un mot que je regagne ma "chambre", qui ressemble plus à un placard aménagé qu'à un lieu de repos.
En deux minutes, mon baluchon est bouclé. A l'intérieur se trouve un foulard ayant appartenu à ma mère, un dessin de mes soeurs, quelques haillons qui autrefois étaient de beaux vêtements ainsi qu'un canif à la lame d'acier, forgée par les mains de mon père, autrefois.
J'entre ensuite dans la chambre de mes soeurs et laisse un mot ainsi qu'un peu d'argent à leur intention. C'est le coeur gros que je sors de la maison, partant saluer les quelques amis que j'ai. Il fait maintenant nuit noire et j'ai froid. Mes pensées défilent à toute allure. Une foule de questions sans réponses se bousculent...
Choisi?
Moi?
Et pourquoi?
Les soldats avaient l'air de dire que je ne reverrais jamais plus les gens d'ici, étaient-ils sérieux?
Suis-je le seul à avoir été presque "enlevé"?
Pourquoi Papa me laiss-t-il partir si facilement?
Que penserait Maman?
Sans m'en apercevoir, je me suis bien trop éloigné de la maison de Thibault, mon ami de toujours. Il est maintenant trop tard pour voir tout le monde alors je cours, salue quelques personnes encore dehors... Ah! mes soeurs sont assises en compagnie de quelques têtes que je ne reconnais pas. je les serre fort et leur demande de dire au revoir à Thibault pour moi. Le temps qu'elles assimilent ce que je venais de leur dire, je me trouve déjà loin...
Je retourne à la maison et très vite, j'embrasse mon père, celui-ci me répond par un vague "à Dieu fils" qui, dans sa bouche, ne voulait pas dire grand chose.
Mattiew et Tristant restent en retrait, aussi ce n'est qu'en franchissant la porte que, tournant la tête, je vois Mattiew déposer une bourse presque pleine sur la vieille et unique table de cette bâtisse.